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Les aventures de Tounéco, chapitre 5

ETRETAT. Gestation, naissance, traite et sortie en pâture, la vie de Tounéco s’organise autour de l’eau.

Bizarre, quand même de brouter : suivant les conseils avisés de maman, Tounéco découvre les plaisirs différents et renouvelés des herbes gorgées d’eau, le croustillant panais, le croquant pissenlit ou encore le trèfle plus sucré en fin de journée. Et bien d’autres trésors encore que cachent les prairies vernaculaires et authentiques des falaises d’ Etretat, salées par les embruns, ces herbes sont irrésistibles. Toutefois,la curiosité de notre ami va lui faire découvrir d’autres plaisirs !

Visant là, dans la clôture, un interstice propice, Tounéco se glisse vers le jardin des propriétaires pour un « parcours des saveurs » surprenant : de lointains descendants des herbes de prairies sont aujourd’hui « noblement » cultivés pour le plaisir des humains, et bientôt de sa bouche. L’artichaut, cousin du chardon, les carottes de la famille du panais, betteraves rouges, radis et choux affiliés au trèfle, il se régale au désespoir à venir du jardinier… mais aussi de son tube digestif ! Sous l’action des mélanges de légumes et de l’eau dont ils sont riches, il voit sa panse gonfler, telle un ballon et les coliques ne tardent pas à le saisir. Et oui, l’homme a travaillé ces espèces pour ses besoins de mono gastrique au cours des âges (un seul estomac), pas pour la gourmandise de ce petit ruminant intrépide (un estomac à quatre proches). Qu’on se rassure, un peu de foin bien sec permettra à Tounéco de se sortir de ce faux pas !

Mais le goût de l’escapade est pris, et Tounéco va mettre à profit cette brèche dans l’enceinte des laitières pour filer vers d’autres surprises, d’autres aventures. Dès le lendemain, attiré par un rebord saillant et bien tentant, il bondit sur la margelle du puits, ou plutôt de la citerne du Manoir et découvre avec quel soin on y conserve l’eau des toits. Jadis, elle servait à faire le beurre ou d’autres tâches de la ferme, aujourd’hui, jalousement stockée pour arroser le jardin, la pluie ne suffit pas toujours et il faut, de temps en temps, apporter cette eau aux plantes cultivées, surtout celles repiquées comme les poireaux ou les salades.

De haut de son observatoire, il avise une étendue paillée  » comme à la maison  » et fonce en direction de cette tâche jaune agrémentée de gros points verts. Au secours ! il s’y enfonce jusqu’au mi pattes, peinant à s’en dégager, comme pris au piège. Il vient de découvrir le filtre végétal fait de paille devenue terreau au fil des ans qui assure l’épuration naturelle des  » petits laits  » de fromagerie permettant à des pommes de terre et toutes sortes de cucurbitacées de se développer tout en assurant le recyclage des eaux issues de la fabrication du fromage. Ici, mi-cachées sous de larges feuilles, des formes et des couleurs décorent l’endroit : potimarrons oranges et courges bien vertes, potirons encore jaunes et pâtissons blancs ourlés, sans oublier les concombres, melons et autres pastèques suivant les années et la douceur du climat. Un festival de couleurs, de formes et de goûts mais aussi une surprenante méthode pour  » nettoyer  » l’eau en créant des plaisirs de la table pour les habitants du lieu et leurs amis.

Des bêlements de plus en plus stridents et angoissés, là-bas au loin dans la pâture, maman appelle, il faut rentrer. Tounéco trempé jusqu’en haut des pattes, s’extirpe à grand peine du filtre végétal et retourne, épuisé, vers sa mère, utilisant son passage secret pour rejoindre la troupe.

A suivre…

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